Hello,

Votre mois de Février se déroule bien ? Ici, ça y est, on est rentré dans le dur depuis samedi dernier… Les journées sont longues et se ressemblent au magasin. Je débite les mêmes choses à longueur de journée à des touristes différents, un coup en français, un coup en anglais. Les seules respirations sont mes uniques jours de congés de la semaine, que j’essaye d’apprécier au maximum avant de rempiler pour 6 jours d’affilé. Bref, vous l’aurez compris, ça y est, j’ai fait le tour, j’ai hâte de rentrer chez moi !!

Mais avant de rentrer, je voulais absolument parler ici d’un sujet qui me fascine depuis que je suis arrivée : les saisonniers. J’aurais adoré pousser le truc, faire des interviews etc… Mais je sais que je n’aurai pas le temps. Alors je vous en parle à l’écrit !

Mais d’abord, la définition officielle du travail saisonnier : il a comme principale caractéristique d’être lié à une saisonnalité. Aussi, si les tâches de ce type d’emploi ont vocation à être limitées dans le temps, elles doivent aussi se répéter chaque année à une période à peu près similaire (chaque été ou chaque hiver, par exemple).

Et en pratique, un saisonnier, c’est quoi ? C’est avant tout la population qui fait vivre la station les 3-4 mois d’hiver, là où l’activité économique bat son plein. Ce sont des gens généralement sous-payés, qui taffent comme des zinzins, la plupart 7j/7 pendant minimum 1 mois entier. Rien qu’à Pralognan, les saisonniers représentent environ 50%* de la population active, hors vacanciers. Sans eux, la station ne peut pas fonctionner correctement. 

Et dans la réalité, c’est quoi un saisonnier ? Ou plutôt c’est qui ?

J’ai rencontré des gens originaux, intéressants, tellement travailleurs, de contexte socio-éco complètement différents. Ce sont des rencontres, même éphémères, pas toutes coup de cœur, mais chacune unique. 

Les saisonniers ici, ce sont : 

Mina, serveuse à la pizzeria, qui ne veut prendre aucun jour de congé de toute la saison pour avoir le max d’argent pour acheter un van, le retaper, et partir au Maroc, ou quelque part « là où il fait chaud »

Ilona, toute jeune, déjà mature sur ce qu’elle veut faire et ne pas faire. Elle a été refusée au dernier moment dans la fac qu’elle voulait. Poireauter un an ? Non merci, elle part en saison de ski et, pendant sa saison d’hiver, trouve une saison d’été en Grèce. Parce qu’elle y a passé des vacances géniales et « qu’au soleil c’est quand même plus sympa » 

Louis, le pizzaiolo. Qui n’a jamais fait de pizza de sa vie et a quand même été embauché. Il a regardé des tutos sur YouTube une semaine avant de venir. Il est HYPER exigent sur ses pâtons. Par hasard, on est quasiment ses premiers clients en début de saison, avec un collègue. Il nous fait un interrogatoire pour savoir ce qu’il faut améliorer… il est très investi, et déjà, ses pizzas sont vraiment bonnes. Il est doué. J’apprends plus tard en discutant avec lui qu’il était sous-marinier. Il écoutait les bruits comme dans le film « Le chant du loup ».. Il en a eu marre et a décidé de tester autre chose… Incroyable. 

Matthieu, le cuistot de notre « bande ». Mon collègue et coloc. Celui avec qui je m’entends le mieux. Il est cuistot comme moi je suis vendeuse hahaha. Il n’a aucune formation mais il a déjà fait ça pendant 4 ans à la Réunion. Sa vie était là-bas. Il a perdu son père jeune, il a vécu mille vies. Il faisait des wraps à la Réunion avec sa copine. Ils ont rompu et il est revenu en France en saison d’hiver. Il préfère aussi l’été hahaha. C’est pour ça qu’il va sûrement rester pour la saison estivale à Pralognan et tenir le snack avec des nouvelles recettes de sa création. 

Clémence. Elle a vécu de nombreuses années à Montpellier, surtout en Camargue, parce qu’elle fait de l’équitation depuis toute petite et qu’elle voulait travailler dans un « ranch ». Elle en a eu marre au bout d’un moment et a voulu voir autre chose. Elle a un peu la bougeotte. Mais c’est sa seconde saison à Pralo chez Nathalie et Xavier. Elle a aimé être ici et elle est revenue. Cette fois-ci avec son chien Fiesta. 

Matteo et Juliette. Le couple. Il y en a d’autres dans la station mais c’est le couple de notre « bande ». Ils sont saisonniers tous les 2. Ils adorent voyager. Elle revient du Togo, ils veulent partir en Australie pour le reste de l’année. Parce que « quand même la chaleur c’est cool. » Ils ne travaillent pas du tout au même endroit dans la station, se croisent rarement pendant la journée mais ont l’air très soudés. Je les côtoie de loin mais je les admire. 

Les boulangers. Je n’ai pas tous leurs prénoms. Je me rappelle de Gabriel, 20 ans. Lui est pâtissier dans la boulangerie en face de chez moi. Elle n’est pas très quali, je le sais, ça se voit direct. Mais c’est pas très grave. Mon coloc Matthieu a une de ses potes qui vit en coloc elle aussi, avec les boulangers… Vous avez suivi ? Bref, du coup je les rencontre. Et c’est là que Gabriel m’explique qu’il travaille en général de 2h du matin jusqu’à 7h. Je viens de chez Puratos, je connais ce genre d’horaires. Sauf que c’est pas un pâtissier. C’est un petit jeune de 20 ans qui fait de l’assemblage de desserts. Et qu’après 7h, il fait une sieste et il repart en général en fin de soirée pour commencer des prépas. Ils dorment tous en fractionné il me raconte, presque des quarts de voilier. Lunaire…. 

Je pourrais continuer encore longtemps, parce que les parcours de vie des gens d’ici sont assez fous, comme je vous le disais plus haut. Mais je finirais par « Joss » ou « Joyce » je ne sais pas vraiment, et c’est pas très important. C’est une nana, une dame, de l’âge de la retraite, que j’ai vraiment rencontrée quand mes parents sont venus me voir. Elle m’avait déjà alpagué dans la rue en me voyant courir en T-shirt d’un magasin à un autre pour un article manquant, en me disant que j’allais attraper froid. Cette dame, qui vient du sud, n’est pas vraiment saisonnière. Elle a fait moitié-moitié pendant des années, mais a fini par décider de rester à Pralo pour se rapprocher de ses parents. Elle enchaîne les shifts ici. Au bar du Bochor le matin, dans un des restos du village le midi, elle se repose seulement le soir. Mais bon, elle n’est jamais fatiguée comme elle dit. Même si elle ne fait plus de sport, elle est en forme pour son âge ! Ses paroles… Et le plus cocasse : elle a son amoureux dans le sud. Son 3eme amoureux comme elle dit. Elle a eu 2 maris, des enfants etc. Maintenant elle a un amoureux, loin. Qui l’appelle quand elle est occupée. Alors elle me dit souvent qu’elle doit rentrer pour lui répondre parce que quand même, elle exagère avec sa liberté, même si elle ne l’échangerait pour rien au monde. Oui, cette femme est incroyable.

    Voilà. Ce sont les saisonniers. Ce sont des gens que je n’aurais jamais rencontrés si je n’étais pas venue ici. Et même si j’en ai marre, ces rencontres, je ne les oublierai pas !

    A très vite,

    Marine

    *stats non vérifiées mais venues de grosses estimations du nombre de saisonniers en station de ski