Hello !

Hier j’ai eu la chance d’assister à une journée tables rondes à Station F sur le sujet de la communication solidaire.

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Au programme, 4 tables rondes sur des sujets assez variés, avec en point central la communication appliquée au secteur associatif, que cela soit du militant ou de l’humanitaire.

C’était vraiment passionnant. Je trouve ça super de pouvoir sortir du cadre boulot – la tête dans le guidon, pour aborder des thèmes certes moins opérationnels et moins concrets, mais qui font justement réfléchir sur des problématiques plus vastes et plus « hautes » que les problématiques quotidiennes. Ca permet de prendre du recul, de prendre un bon bol d’air frais pendant une journée, et surtout d’avoir un retour d’expérience hyper intéressant, d’acteurs pointus du secteur.

Comment donner plus de voix à sa cause ?

La première table ronde abordait le thème de « comment donner plus de voix à sa cause ? », sous-entendu, grâce aux réseaux sociaux. Un débat animé par un membre de Facebook France, Nam Ma Kim ; et autour de lui, toutes sortes d’associations très différentes, en terme d’années d’existence, de taille, de sujet, ou encore de stratégie de communication.  On retrouvait La Fondation pour la Nature et l’Homme (anciennement Fondation Nicolas Hulot), l’association Homeless+ (application mobile venant en aide aux sans-abris et luttant contre le gaspillage alimentaire), l’association Plan International, luttant pour le droit des enfants et l’égalité homme-femme dans les pays défavorisés, et enfin l’association Les Brindilles, une communauté pour lutter contre les troubles du comportement alimentaire.

Le premier sujet était : « comment vous, en tant qu’asso, vous appréhendez votre positionnement sur le réseaux sociaux ? ». Car il faut savoir que la communication d’une association est finalement encore plus compliquée que pour une entreprise x ou y, car il faut réussir à tourner sa communication de manière informative, et non commerciale. Une communication de notoriété qui doit tout de même servir à rallier le plus de personnes possibles à la cause de l’asso, et ainsi à transformer les internautes en membres (du simple sympathisant jusqu’au donateur).

Tout l’enjeu est donc là : faire passer son message, donner envie aux gens de se mobiliser par le don ou par une signature à une pétition, tout en mettant de côté la communication « commerciale classique ».

C’est en racontant chacun un exemple de succès que la discussion est devenue encore plus intéressante. Plan International a détaillé sa campagne créée pour la journée internationale des filles, qui se tient chaque année le 11 octobre. Cette année, ils ont eu l’idée de lancer le #filleaujourd’hui, femme demain, et invitait toutes les femmes à poster une photo d’elle enfant ou ado, tout en racontant comment elles se revoyaient jeunes et comment elles étaient devenues femmes. Une campagne qui a bien marché et un # repris plus de 3 000 fois, par des femmes connues, en plus.

Un autre super exemple : la fameuse vidéo réalisée par la FNH mêlant Nicolas Hulot et des youtubers pour défendre la planète. Pour la petite anecdote, cette idée de vidéo est sortie lors d’un verre entre des membres de la fondation et… David Coscas (Mc Fly) à l’époque membre de Golden Moustache.

Cette vidéo a rencontré un succès incroyable. Elle a touché 17 millions de personnes sur Facebook, soit 1 personne sur 2 en France inscrite sur le réseau social (32 millions de personnes présentes à l’époque – cad en 2015). La difficulté a ensuite été pour eux de réussir à convertir tous ces « prospects » en membres, et d’éviter le « one shot ».

Enfin, une success-story qui m’a beaucoup touché, c’est Alexia Savey, 20 ans, fondatrice des Brindilles. Cette asso a seulement quelques mois d’existence et a déjà réussi à se faire parrainer par Facebook. Et ce, grâce à la maitrise quasi parfaite des réseaux sociaux par sa fondatrice : de la simple page facebook, en passant par le groupe de discussion fermé pour créer et fidéliser sa communauté,  jusqu’au networking gigantesque créé sur Twitter, Les Brindilles a mis à la perfection les outils qu’offrent les réseaux sociaux au service de sa cause. Un bien bel exemple !

Hackers, hacktivistes, quelles coopérations ?

La deuxième table ronde était beaucoup plus technique, et abordait le sujet de la coopération entre hackers et ONG. Modérée par le fondateur de la société Yogosha, spécialisée dans la détection de bug bounty et de failles informatiques, plusieurs hackers professionnels étaient présents pour nous parler de l’importance de ces métiers souvent méconnus et/ou décriés. Mais sachez que même hors domaine associatif, la détection de failles informatiques et un passage quasi obligé avant de lancer un site internet, surtout si celui-ci sera amené à héberger des données d’utilisateurs.

Les influenceurs au service des grandes causes ?

La troisième table ronde était pour moi la plus intéressante : « Les influenceurs au service des grandes causes ? ». Orchestrée par le youtuber Hugo Travers (Hugo Décrypte) la discussion était vraiment centrée sur l’exemple de la campagne de la #LoveArmy menée par Jérôme Jarre qui a réussi à récolter plus d’ 1 million de dollars en moins de 24h destiné à aider les Rohingyas. Autour de la table, se trouvaient le président de la Surfrider Fondation, dirigée vers la sauvegarde des océans et contre le plastique, l’ONG d’interpellation Ethique sur l’étiquette, contre l’exploitation des enfants dans l’industrie textile, l’agence de communication pour ONG Raiz, et enfin Action Contre la Faim.

Les ONG interrogées sur le sujet des influenceurs avaient vraiment les boules, et sur certains aspects on peut les comprendre. Eux œuvrent depuis des décennies dans leur association, et en seulement 24h une poignée d’influenceurs novices dans ce secteur arrivent à tout chambouler et lever des montants phénoménaux. Et ça se voyait qu’ils avaient vraiment du mal à l’accepter. D’où la question très intéressante que soulevait cette table ronde : comment réussir à comprendre et capter les mécanismes de réussite qui ont été mis en place par la LoveArmy, pour essayer de les appliquer aux grosses institutions.

Selon moi, la clé de ces succès réside dans la personnification. Forcément, lorsqu’on voit Mister V ou Seb La Frite parlait de la cause des Rohingyas (qui est pourtant assez lointaine pour nous) nous convainc beaucoup plus vite et beaucoup plus fort qu’un email d’une ONG impersonnelle, parce que nous les connaissons. Nous les suivons depuis déjà longtemps, avons l’impression que ce sont nos potes qui nous parlent d’une cause qui leur tient à cœur.

Le 2ème point clé est, je trouve, la notion de transparence qu’arrive à faire passer ces youtubers de la LoveArmy, un argument choc pour déclencher le don. Quand Jérôme Jarre explique dans une petite vidéo (c’était pour la Somalie) que 100% des dons iront directement, sans aucun intermédiaire, aux personnes qui en ont besoin. C’est une transparence (peut-être totalement fake, on ne sait pas) dont manquent cruellement les ONG. Elles transparaissent comme un millefeuille très hiérarchisé, très rigide, et surtout opaque !

Bref, des points de réflexion qu’il est selon moi nécessaire d’avoir pour réussir à créer une synergie entre les ONG et ce nouveau mouvement que sont en train de créer les influenceurs, et d’essayer de l’inscrire dans une stratégie de long terme.

La solidarité, un business comme un autre ?

Et enfin, la quatrième table ronde portait sur le sujet suivant : « La solidarité, un business comme un autre ? ». Sujet qui revient à ce dont je parlais au début de ce billet, à savoir qu’elle est vraiment la frontière claire entre le « business solidaire » et le « business d’entreprise ». Et finalement, la conclusion est qu’il est difficile d’établir une frontière, une limite entre ces 2 mondes. Ils sont étroitement liés, et l’on a besoin de l’un pour développer l’autre. Certains acteurs sont d’ailleurs déjà positionnés en tant que passerelle. Par exemple, AssoConnect, une entreprise qui a développé un logiciel pour accompagner les assos dans leur transition numérique ; ou encore GoFundMe, qui a su créer une plateforme de crowdfunding pour propulser certains projets associatifs en y associant le côté très digital nécessaire actuellement.

Bref, c’était long et peut-être un peu brouillon comme retranscription, mais j’ai vraiment adoré cette journée. J’ai trouvé ça passionnant de découvrir toutes ces personnes, ces sujets et ces débats ; et j’espère pouvoir refaire ça très vite !

A bientôt 🙂